Le sens de notre voyage

Deux amies, trois mois de voyage à vélo de Berlin à Constanța, en passant par l’Allemagne, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie.

Au commencement il y eut le besoin de partir à la découverte de notre propre continent et particulièrement à l’Est. Lors de nos études communes, nous avons appris en amphithéâtre comment les frontières se sont déplacées, quels hommes ont gouverné avant de s’effondrer avec le bloc soviétique, à quelle date la Hongrie puis la Roumanie sont entrées dans l’Union Européenne, comment les populations se mobilisent pour la démocratie et comment certaines versent dans le nationalisme. Mais nous ne connaissons pas nos voisins. Nous n’avions jamais mis les pieds en Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie et Roumanie. Nous avions des savoirs théoriques et plein de clichés : gris, bétonnés, « pauvres ». Pour les déconstruire, il nous fallait du temps. Pour cela, le vélo fait parfaitement l’affaire : étant donné notre entraînement très modeste, nous n’allions pas traverser ces pays à toute allure. Il nous était aussi important de sortir des sentiers battus et d’éviter les grandes villes. À l’époque des billets d’avion qui ne coûtent rien, il est facile de découvrir Bucarest en un week-end. Mais ce qui nous intéresse, ce sont les villages à des centaines de kilomètres d’un aéroport.

Partir à vélo demande beaucoup de préparation et un peu de courage ; dans notre cas ce fut plutôt un peu de préparation et beaucoup d’improvisation. Nous avions tout notre matériel de vélo, de dessin et de photographie, quelques vêtements, une tente, sacs de couchage et matelas dans nos sacoches. Nos proches étaient plus anxieux que nous ne l’étions nous-mêmes et le voyage nous a donné raison : à part quelques chauffards et les attaques de chiens errants en Roumanie, nous n’avons jamais eu à faire face à de véritables dangers. Si nous ne trouvions pas d’endroit où planter notre tente, nous avons toujours su trouver des mains tendues et des portes ouvertes. Ce fut parfois rocambolesque, comme lorsque les routes se transforment subitement en chemins de terre puis « quatre fois quatre voies » ou que les orages violents ne s’arrêtent plus. Mais nous n’avons jamais eu de crevaison, rien de perdu (à part un gilet jaune offert par le département de l’Ain), rien de volé, bien au contraire, nous sommes revenues enrichies et bien plus chargées qu’au départ.

Pour dire qu’il faut regarder « plus loin que le bout de son nez » les Allemands utilisent l’expression « Über den Tellerand schauen » : regarder au-delà du bord de l’assiette. Et nous, c’est ce qui nous intéresse, les assiettes. Les nôtres et celles de nos voisins !À l’origine de ce voyage, il y a aussi l’amour de la cuisine, transmis par nos familles et particulièrement nos mères et grand-mères. Après avoir goûté à la richesse des cuisines de ces pays, il est difficile de se remémorer les idées qu’on en avait. Mais il suffit de parler d’Europe de l’Est à son entourage pour s’entendre énumérer pommes de terre, choux, saucisses, pommes de terre et pommes de terre ! Ce qui n’est pas entièrement faux, juste très réducteur. Les réalités sont toujours plus complexes et faites de multiples histoires individuelles, familiales et régionales. C’est cette réalité multiple et riche à la rencontre de laquelle nous souhaitions partir. Au-delà du plaisir des papilles, la cuisine nous a ouvert les portes et les cœurs de nos hôtes, des femmes de toutes générations, qui règnent encore et toujours dans les cuisines. A travers les recettes de familles, elles nous ont raconté leur enfance, les mobilités choisies ou forcées, les regrets et les bonheurs.

Vous retrouverez le récit de ce voyage, de ces rencontres et les recettes qui nous ont été confiées dans notre livre.

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